Rivières d’antan et de maintenant : pourquoi ces changements ?

Date de l'actualité: 
25/10/2018

Assèchements intempestifs en été, envasement, disparition des poissons exigeant une bonne qualité d’eau et remplacement par des espèces banales et plus tolérantes, réduction des herbiers de plantes aquatiques ou rivulaires, raréfaction ou disparition des espèces précieuses (oiseaux, libellules, mammifères tels que Vison ou Loutre), eaux peu ou rarement transparentes… nos rivières vont mal.

Pourtant, on parle beaucoup de l’eau. Et d’importants progrès ont été faits concernant le traitement des eaux usées.

Alors ?

Alors nous n’avons réglé que le tiers du problème. La seconde cause de leurs maux est à rechercher autour de nous, au cœur des bassins versants : c’est la manière dont nous (mal)traitons nos sols et nos haies. Et la troisième, c’est la consommation sans frein que nous en faisons, en oubliant qu’il s’agit d’une ressource limitée, dont la quantité dans notre département va en outre diminuer d’un tiers d’ici à 2050 en raison du changement climatique (source SAGE Charente).

Une rivière en bonne santé, c’est une rivière dont le bassin versant est en bonne santé, avec d’abord un important réseau de haies pour retenir l’eau quand il pleut, lui permettre de s’infiltrer vers nos nappes et retenir la terre arable pour qu’elle ne ruisselle pas vers les rivières qu’elle envase. Avec ensuite des sols sains : riches en matière organique, en réseaux racinaires, en vers de terre. Ces petits-là jouent un rôle essentiel pour nos rivières ! Étonnant ? Dans leur tube digestif, un organe spécial fabrique de la glomaline, une substance qui « colle » chimiquement l’humus (restes végétaux décomposés) et l’argile : ils sont les seuls à faire ça, et sont ainsi à l’origine de la création du « complexe argilo-humique ». Or c’est cette structure particulière du sol qui peut multiplier par 10 sa capacité de rétention en eau, comme une éponge ! Et quand il ne pleut plus, cette eau migre lentement vers les rivières ou les nappes, et évite leur assèchement. Un sol sain héberge 2 tonnes de vers de terre par hectare. Or en 2015 en Europe, il en restait moins de 100kg/ha en moyenne…

Voilà une des multiples et incroyables énigmes de nos rivières qu’ont pu découvrir les participants aux 7 sessions d’animation « Rivières d’antan et de maintenant : pourquoi ces changements ? » organisées par la LPO, en partenariats avec les syndicats de bassin versant, entre août et septembre 2018 (Bignac 27/08, Réparsac 28/08, Angeac-Charente 29/08, Gondeville 03/09, Criteuil 05/09, Cherves-Richemont 11/09, Ars 12/09). Ce projet a reçu le soutien financier du LEADER Ouest Charente et de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne.

 

Habitants, vous aussi vous voulez agir pour vos rivières ? Quelques gestes simples suffisent :

- paillez vos sols nus en hiver, ou semez des couverts hivernaux… même au potager !

- plantez des haies bien touffues… même dans un jardin !

- ne bétonnez pas le sol : si vous avez besoin d’assainir le tour de la maison ou la place de parking de votre voiture, préférez un calcaire blanc ou un alvéolé de jardin qui laissera l’eau s’infiltrer vers la nappe

 - ne laissez pas couler l’eau du robinet pendant les petits gestes du quotidien comme se brosser les dents, laver la salade…

 

 

Expérience de capacité de rétention des sols :

De gauche à droite : 1 sable, 2 culture céréalière, 3 maraichage bio, 4 forêt (parcelles contiguës, seul diffère leur usage).
Les sols 3 et 4 présentaient un bon complexe argilo-humique : ils ont retenu 2 fois plus d’eau que le sable et le sol céréalier.

Photo : Emmanuelle Champion, Angeac-Charente 29/08/2018

 

 

Envie d’en savoir plus ?

« Des cours d’eau en pleine forme » : https://www.dailymotion.com/video/x68zm3j cette vidéo de 4’ de l’Agence Française pour la Biodiversité (AFB) est bien faite.

Et les innombrables rôles des haies : http://www.campagnes-vivantes.asso.fr/Biodiversit%C3%A9/Bocage2/total%20bon.htm#r%C3%A9g%20thermique

 

Emmanuelle Champion, responsable d’équipe Natura 2000 à la LPO